- Le masculinisme digital se développe sur TikTok et les réseaux sociaux, transformant la toxicité relationnelle en contenu viral consommé par des millions d'adolescents
- Des influenceurs comme Alex Hitchens et Pafman monétisent des discours misogynes et encouragent la manipulation émotionnelle, voire l'apologie du viol
- Les algorithmes amplifient ces contenus choquants, enfermant les jeunes dans une spirale de radicalisation masculiniste
- Contrairement au féminisme qui lutte pour l'égalité, le masculinisme combat activement les droits des femmes
- Ces discours toxiques ont des conséquences réelles : attentats, violences conjugales, féminicides et normalisation de la haine misogyne
Sur TikTok et Instagram, une nouvelle forme de masculinisme s’infiltre dans les téléphones de millions d’adolescents français. Des influenceurs autoproclamés coachs en séduction y distillent des conseils toxiques qui transforment les relations amoureuses en rapports de force. Ghosting, manipulation émotionnelle, domination masculine : ce qui relevait hier de comportements condamnables devient aujourd’hui tendance virale. Le masculinisme digital se pare d’esthétique moderne, de ring lights parfaitement réglées et de montages accrocheurs pour mieux faire passer son discours misogyne. Alex Hitchens, Pafman et leurs épigones cumulent des centaines de milliers d’abonnés, majoritairement jeunes. Ils vendent des formations, monétisent la toxicité relationnelle, banalisent la violence psychologique. Pendant ce temps, les algorithmes des plateformes amplifient ces contenus choquants, enfermant leurs audiences dans une spirale de haine antiféministe. Comment en est-on arrivé à trouver ringard le respect mutuel et stylée la cruauté émotionnelle ?
Comment les réseaux sociaux transforment-ils la toxicité en divertissement viral ?
Le paradoxe frappe d’emblée. Là où les générations précédentes valorisaient la communication saine, voilà que la manipulation émotionnelle devient un sport national sur TikTok. « Soyez un peu toxique. Arrêtez d’être le nice guy », martèle l’un de ces influenceurs. « Quand elle t’appelle, ne réponds pas. Si tu as un date, pose-lui un lapin. »
Ces discours masculinistes séduisent parce qu’ils sont emballés de façon ludique. Vidéo courte, ton décomplexé, musique tendance : les idéologies dangereuses s’infiltrent sous couvert de divertissement. On rit d’anecdotes de ghosting, on dédramatise le manque de respect sous prétexte de « tester son partenaire ».
Beaucoup de ces influenceurs encouragent à concevoir les relations comme des transactions financières ou des rapports de force constants. Une théorie revient en boucle : celle de « l’homme et de la femme à haute valeur ». Un homme à haute valeur se définit par son compte en banque garni. Une femme à haute valeur doit être belle, modestement vêtue, avoir eu peu de partenaires sexuels, être autonome financièrement mais pas trop diplômée, sous peine de faire fuir ces messieurs.
Comment en est-on arrivé là ? Une génération de jeunes hommes isolés trouve sur internet des réponses simples à leur frustration. Les algorithmes des plateformes font le reste. En favorisant les contenus extrêmes et choquants, ils enferment ces garçons dans une spirale de discours masculinistes. La « manosphère » en ligne les bombarde de vidéos rageuses contre les femmes, de posts victimaires sur la « crise de la masculinité ».
Le mythe d’une soi-disant crise de la masculinité alimente ce discours haineux. Selon le chercheur Francis Dupuis-Déri, les masculinistes propagent l’idée que le féminisme aurait inversé les rôles de domination. Ces derniers seraient désormais opprimés. Le masculinisme s’est structuré en opposition aux avancées féministes, mobilisant activement contre l’égalité des genres. Les dérives du masculinisme trouvent un terreau fertile dans l’écosystème des réseaux sociaux.
Qui sont les gourous du masculinisme digital en France ?
Alex Hitchens incarne ce nouveau visage du masculinisme. Derrière ce pseudonyme se cache Isaac Mayembo, ancien basketteur reconverti en gourou masculiniste. Il cumule plus de 390 000 abonnés sur YouTube et revendiquait près de 685 000 followers sur TikTok avant la suppression de son compte principal.
Il vendait des formations en ligne entre 100 et 200 euros : « Devenir charismatique et enfin séduire la femme de tes rêves », « L’art de débattre », « Le secret pour dominer chaque sujet ». Un business juteux qui l’aurait rendu millionnaire. Mais le plus troublant reste le contenu. « Moi je trouve ça normal qu’une femme gagne moins qu’un homme pour un poste équivalent. Une femme n’a pas à hausser le ton face à moi. Si je te dis de la fermer, ferme. »
Pour lui, la femme n’existe qu’en reflet de l’homme. Son credo : un vrai homme doit toujours prendre le dessus. « Si tu es le nice guy, la femme va adopter un comportement dominant. Si tu es dominant, la femme va s’adapter et apporter douceur et soumission. » Cette vision féodale du couple est inculquée comme un équilibre naturel entre les sexes.
Le danger ne tient pas qu’à ses paroles mais à son audience. Il estime sa communauté à 3 à 5 millions de personnes. Pire : il admet que des mineurs en font partie et déclare qu’un jeune de 13, 14, 15 ans devrait suivre ces conseils. Il vise explicitement ceux dont la vision des rapports hommes-femmes est en plein développement.
Si Alex Hitchens manie encore l’implicite, Pafman a franchi plusieurs crans dans l’ignoble. Derrière ce pseudonyme se cache Jonathan, 22 ans, environ 65 000 abonnés sur TikTok. Son créneau : expliquer comment « soulever une femme », comment contraindre une fille à céder même si elle n’est pas consentante.
Ces propos ont déclenché une enquête judiciaire pour apologie du viol. Dans une vidéo, il raconte comment sa copine lui a dit « non » une cinquantaine de fois avant qu’il finisse par la « soulever » pendant trois jours. « Ça c’est pas du non », affirme-t-il. Un non ne serait qu’un obstacle à surmonter par insistance.
Une jeune femme prénommée Marie a témoigné, affirmant que Jonathan l’a violée en 2021. « Plus je disais non, plus je trouvais qu’il s’amusait », se souvient-elle. Terrorisée, elle a fini par se soumettre pour pouvoir partir. L’apologie du viol est passible de cinq ans de prison et 45 000 euros d’amende en France.
Quelles sont les conséquences réelles de cette banalisation de la toxicité ?
Les discours en ligne finissent par inspirer des passages à l’acte. Le 27 juin 2024, un lycéen de 18 ans a été arrêté près de Saint-Étienne alors qu’il projetait d’attaquer des femmes au couteau. Le parquet national antiterroriste a pris le dossier. Pour la première fois en France, la haine misogyne a été reconnue comme menace terroriste potentielle.
L’histoire récente témoigne tragiquement de cette violence :
- 1989 : Marc Lépine assassine 14 femmes à Montréal pour « lutter contre le féminisme »
- 2014 : Elliot Rodger tue six personnes en Californie après un manifeste de haine contre les femmes
- 2018 : Attentat au van à Toronto commis par un adepte du forum Incel
Aucun mouvement féministe n’a jamais engendré de tueur en masse, alors que le masculinisme a déjà du sang sur les mains. Comme l’a rappelé la journaliste Victoire Tuaillon : « Il n’y a pas d’extrémisme féministe. Nous n’avons jamais vu d’attentat féministe. En revanche, le masculinisme, ça tue tous les jours. »
La haine des femmes a aussi un visage plus courant : celui des violences conjugales et des féminicides. Des femmes sont tuées quotidiennement en France. La misogynie tue. C’est un fait réel.
Face à ces excès, certains renvoient dos à dos masculinisme et féminisme. Rien ne serait plus erroné. Le mouvement féministe lutte depuis plus d’un siècle pour l’égalité sans jamais avoir engendré de croisades violentes. Certes, les dérives du féminisme existent et méritent d’être interrogées, mais elles ne remettent pas en cause la légitimité du combat pour l’égalité.
Le masculinisme n’est pas le pendant masculin du féminisme : c’est son antithèse. Il ne milite pas pour les droits des hommes mais contre les droits des femmes. C’est un contre-mouvement réactionnaire né pour restaurer l’ordre ancien où l’homme dominait sans contestation. Le féminisme vise l’abolition de toute domination d’un sexe sur l’autre. Le masculinisme cherche à renouer avec la loi du plus fort.
Reconquérir une vision saine de l’amour à l’ère digitale
La conception de l’amour est en train d’être ruinée. Ce ne sont pas des hommes de 30 ans qui sont fans d’Alex Hitchens : ce sont des adolescents. La jeunesse est le public majoritairement visé par ces discours problématiques.
La monétisation de TikTok joue un rôle crucial. Les vidéos de plus d’une minute sont payées. Faire des vidéos sur TikTok est accessible : un téléphone suffit. Depuis cette monétisation, on observe une hausse des discours problématiques. De plus en plus de personnes tiennent des propos dangereux parce qu’ils savent que cela génère des vues et de l’argent.
Face à ce constat, que faire ? Reconnaître d’abord la gravité du phénomène. La haine misogyne n’est pas une opinion contrariante, c’est une idéologie dangereuse qui tue. Ensuite, responsabiliser les plateformes. Comment TikTok peut-il laisser ces comptes actifs ? Les bannissements ponctuels ne suffisent plus.
L’éducation doit jouer son rôle. Enseigner le consentement, déconstruire les stéréotypes de genre, former à l’esprit critique : autant de missions essentielles. Les jeunes doivent comprendre que derrière les vidéos virales se cachent des manipulations émotionnelles sophistiquées.
Le combat contre le masculinisme digital concerne tous ceux qui croient qu’une relation amoureuse doit être fondée sur le respect, la communication, l’égalité. L’amour ne doit pas être un rapport de force. Le désir ne se négocie pas par la contrainte. Le respect mutuel n’est pas ringard. Pour les générations à venir, il est urgent de dire stop.
FAQ – Comprendre la montée du masculinisme digital : les questions essentielles
Qu’est-ce que le masculinisme et en quoi diffère-t-il du féminisme ?
Le masculinisme est un contre-mouvement réactionnaire qui s’oppose aux avancées féministes. Contrairement au féminisme qui lutte pour l’égalité, le masculinisme vise à restaurer des privilèges masculins menacés. Il ne défend pas les droits des hommes mais combat ceux des femmes.
Pourquoi les algorithmes des réseaux sociaux favorisent-ils ces contenus toxiques ?
Les algorithmes privilégient les contenus générant beaucoup d’engagement, et les vidéos choquantes créent des réactions fortes. Cette mécanique enferme les utilisateurs dans une spirale de radicalisation : plus ils consomment ce contenu, plus l’algorithme leur en propose.
Comment reconnaître un discours masculiniste déguisé en conseil de développement personnel ?
Plusieurs signaux d’alerte : la présentation des relations comme des rapports de force, l’idée que les femmes sont contrôlées par leurs émotions, l’encouragement à la manipulation, les concepts de « haute valeur », et la banalisation du manque de respect. Un vrai conseil valorise l’empathie, pas la domination.
Quelles sont les conséquences légales pour ceux qui font l’apologie du viol en ligne ?
En France, l’apologie du viol est punie de cinq ans de prison et 45 000 euros d’amende. Les créateurs comme Pafman qui banalisent le viol s’exposent à des poursuites judiciaires. Un projet d’attentat inspiré par la mouvance Incel a même été traité comme menace terroriste.
Comment protéger les jeunes de l’influence de ces contenus toxiques ?
La protection passe par l’éducation à l’esprit critique, le dialogue sur les relations saines, la surveillance des comptes suivis, et la déconstruction des stéréotypes de genre. Les parents doivent expliquer que le respect mutuel n’est pas une faiblesse et que les relations toxiques sont dangereuses.
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